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Ce bois qui venait du froid.
Evolution des coûts en Europe de l'Est
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Rédaction Jean-Marie TANGUY - avril 2007
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La palette française est fabriquée avec du bois provenant de la ressource forestière de l'hexagone. Pourquoi dès lors s'intéresser aux importations de cette matière première ?
La remarque ci-dessus, formulée récemment par un acteur important du monde de la palette en bois est pleine de bon sens et fondée sur la réalité. Cependant nous ne devons pas négliger un phénomène de mondialisation qui, s'il ne touche pas directement notre secteur, mérite cependant une certaine attention.
Depuis le début 2005, les prix des matières premières sont chahutés et nos clients ont découvert avec surprise cette nouvelle donne. Les acheteurs des multinationales qui utilisent l'outil de manutention qu'est la palette ont une vue d'ensemble qui porte bien au delà de nos marchés locaux et ils n'ont pas attendu pour comparer les situations dans la totalité de leur zone d'approvisionnement.
L'initiative de la fédération européenne FEFPEB permet d'obtenir un aperçu de la tendance générale. Rappelons que le SYPAL apporte sa contribution au niveau français en commentant l'indice_trimestriel français établi par le CEEB, pour le compte de l'INSEE.
En ce début 2007, c'est une étude effectuée par la Fédération Nationale du Bois (www.fnbois.com) qui retient notre attention. Elle fait une description exhaustive de l’influence des marchés de l’Est de l’Europe sur l’évolution de l’industrie française de la première transformation du bois.
Nous en avons extrait ici les quelques courts passages qui intéressent particulièrement le secteur d’activité de la palette sous l'angle du consommateur de matériau bois.
Cette étude qui concerne essentiellement les essences feuillues (un tiers des palettes françaises) ne peut, évidemment pas être considérée comme une référence pour notre marché. Elle fournit cependant des indications intéressantes pour l’avenir de notre secteur économique en général, dans une période de hausse des prix des matières premières.
Selon l’étude, les pays d'Europe de l'Est sont plus compétitifs sur le marché des sciages depuis plus de 10 ans pour deux raisons principales : la faiblesse de leurs coûts de main d'œuvre et les prix de matière première globalement plus bas. Ces deux avantages sources de compétitivité se ressentent dans les prix finaux des produits. Ces prix ont été la principale raison de cette conquête des marchés occidentaux (grumes, sciages et produits de deuxième transformation).
L'extrait ci-dessous met l'accent sur le coût de la main d'oeuvre, qui n'est que l'un des facteurs de l'équation économique : ressource + main d'oeuvre + transport. Beaucoup d'autres paramètres entrent en jeu tels que la qualité des bois, le bilan en CO2 et plus généralement la gestion durable des forêts.
1. Coût de la main d'oeuvre
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Le graphique ci-dessus montre clairement la différence existante entre les coûts de main d'œuvre des pays étudiés d'Europe de l'Est, et les coûts de main d'œuvre français.
Depuis 1999 les coûts de main d'œuvre de l'industrie manufacturière des pays d'Europe de l'Est étudiés sont en progression globale. Les coûts de main d'œuvre de l'industrie manufacturière slovène a progressé de 16 % de 1999 à 2003, atteignant les 1352 €/mois.
Les coûts tchèques ont progressé de 14 % de 1999 à 2003, atteignant alors les 713 €/mois.
Alors que les coûts de main d'œuvre slovènes, tchèques et roumains ont connu des croissances constantes de 1999 à 2003, les coûts de main d'œuvre polonais ont présenté des évolutions particulières. Après une progression de 30 % de 1999 à 2001, atteignant alors les 694 €/mois, les coûts de main d'œuvre Polonais ont chuté de 12 % de 2001 à 2003, pour atteindre les 612 €/mois. Au bilan, les coûts de main d'œuvre ont subi une progression globale de 1999 à 2003 de 15 %.
L'industrie manufacturière Roumaine présente sur ce graphique des coûts de main d'œuvre en constante augmentation. Les coûts de main d'œuvre de l'industrie manufacturière en Roumanie a atteint en 2003 les 212 €/mois.
Si les coûts de main d'œuvre sont en constante hausse dans les pays étudiés, ils restent cependant sensiblement inférieurs aux coûts de main d'œuvre moyens de l'UE à 25 et surtout des coûts de main d'œuvre français.
En effet, les coûts de main d'œuvre français sont plus de 2 fois supérieurs aux coûts slovènes, 4,5 fois supérieurs aux coûts tchèques, plus de 5 fois supérieurs aux coûts polonais et 15 fois supérieurs aux coûts roumains.
2. Salaires minimum
Seule la Slovénie possède une législation sur les revenus minimum légaux. La Pologne, la République Tchèque, et la Roumanie n'ont pas de salaire minimum légal. L'entrée depuis 2004 dans l'UE de la Pologne et de la République Tchèque va entraîner à court terme des réformes sur ce sujet. La Roumanie présente un grand retard dans ce domaine.
La présente étude concerne les industries de la première et deuxième transformation du bois. Les salaires des employés de ce type d'entreprises correspondent très souvent aux salaires minimum référencés.
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Le graphique ci-dessus montre l'écart considérable existant entre les salaires minimum français et les salaires minimum des 4 pays étudiés. Le salaire minimum bulgare s'apparente au salaire minimum roumain, alors que les salaires minimum des Pays Baltes sont dans le même ordre de grandeur que le salaire minimum polonais. Les salaires tchèques et surtout slovènes sont les plus élevés d'Europe de l'Est.
La Roumanie est de loin le pays présentant les salaires minimum les plus bas. Cependant depuis 2002, le salaire minimum roumain a progressé de 40 %. La perspective d'entrée dans l'UE en 2007 laisse à penser que les salaires minimum Roumains vont être régularisés, et subir une hausse significative. Des chiffres de salaires minimum de 200€/mois sont attendus par les professionnels de la filière bois. Cette avancée sociale est cependant un danger pour les entreprises roumaines qui tiraient leur compétitivité essentiellement des coûts salariaux très faibles.
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La République Tchèque et la Pologne présentent des salaires minimum dans le même ordre de grandeur. Le salaire minimum polonais au premier semestre 2005 était de 205 €/mois alors que le salaire minimum tchèque était de 235 €/mois. Au deuxième semestre 2005 le salaire minimum tchèque a été réévalué à 239 €/mois.
Ce qui différencie les deux pays est l'évolution de ces salaires minimum. Le salaire minimum polonais est globalement stable depuis 2001 (+ 5%), présentant des hausses mais aussi des baisses de ce salaire minimum. Le salaire minimum tchèque quant à lui est en constante croissance depuis le premier semestre 2002. Ce salaire a progressé de 30 % depuis 2002. Ceci est dû à une économie florissante avec une croissance soutenue et un flux d'investissements directs étrangers de plus en plus intenses. Ces paramètres sont responsables d'une hausse des niveaux de vie et donc des salaires.
La Slovénie est le pays le plus développé d'Europe de l'Est. Cette position de leader se retrouve également dans le niveau du salaire minimum. Depuis 2002, le salaire minimum slovène a progressé de 10 %, atteignant au deuxième semestre 2005 les 491 €/mois.
La Slovénie compte 800 000 salariés. 18 000 touchent le revenu minimal. Au printemps 2007 doivent commencer les négociations entre les partenaires sociaux sur les salaires et le revenu minimal pour les deux ans à venir. L'union des syndicats libres réclame une augmentation non en pourcentage des salaires mais identique pour tous les salariés.
Les représentants des employeurs estiment que toute revalorisation salariale passe par un allégement des charges et une amélioration de la productivité (la Slovénie aurait une productivité équivalente à 45 % de la moyenne de l'UE). Les représentants des salariés estiment que l'objectif doit être d'atteindre le salaire moyen européen (Source : « le Courrier des Balkans » - 30 janvier 2005).
Si les tendances montrent une revalorisation des salaires minimum depuis 1999, reflet d'une économie en rattrapage sur les acquis communautaires, la différence avec le salaire minimum légal est encore importante. Les salaires minimum de La Slovénie, pays le plus développé d'Europe de l'Est, est 2,5 fois inférieur au salaire minimum français. La République Tchèque et la Pologne ont quant à elles, des salaires minimum 5 à 6 fois inférieurs. Enfin la Roumanie présente un retard considérable avec un salaire minimal en 2005 de 86€/mois soit près de 15 fois inférieurs au salaire minimum français.
3. Prix des grumes et sciages
L’Europe de l'Est, et en particulier la Pologne, la Roumanie et la République Tchèque tiraient leur compétitivité d'une matière première 30 à 40 % moins chère qu'en France, et surtout d'une main d'œuvre allant de 3 à plus de 20 fois moins chère qu'en France. Depuis plusieurs années les prix des grumes sont en augmentation dans ces pays. Ils sont en train de voir leur prix de matière ligneuse non-transformée s'aligner sur les prix français, voir les dépasser pour les qualités supérieures de chêne. La guerre commerciale que la République Tchèque et la Pologne se livrent sur la ressource slovaque entraîne une flambée des prix des grumes de feuillus (hêtre principalement) en Slovaquie....
Les marchés de grumes et de sciages se font de plus en plus rares. Des pays comme la Roumanie mais surtout la Slovénie, essentiellement couverts de hêtres, souffrent de cette crise et sont à la recherche de nouveaux débouchés.
Globalement les coûts de main d'œuvre ont tendance à s'aligner sur les acquis communautaires, même si les coûts Roumains restent les plus bas, le niveau économique du pays présentant un grand retard. Les
perspectives laissent à penser que les principales raisons de compétitivité des pays étudiés, ont tendance à se tasser. Même si les prix des sciages restent globalement moins chers en Roumanie, Pologne, République Tchèque et Slovénie, le danger que ces pays ont représenté il y a 4 ans, est de moins en moins d'actualité. En effet, ces pays ont gagné des marchés français (même en sciages feuillus) grâce à la faiblesse de leurs prix. Aujourd'hui la hausse des prix de la matière et des coûts de transports permettent d'égaliser ces prix, permettant une concurrence loyale sur un marché Européen de plus en plus élargi. Cette nouvelle donne peut-être vue avec optimisme par les scieries françaises de feuillus. Si le marché du hêtre reste un marché fermé, les professionnels d'Europe de l'Est manquent de grumes et de sciages de chêne de qualité. Si les grains sont fins et les bois blancs en Europe de l'Est, les diamètres restent largement inférieurs aux diamètres des chênes français. Par ailleurs, des potentialités de développement des marchés existent bel et bien en Roumanie, Pologne, République Tchèque et Slovénie.
4. Pour en savoir plus
Nous insistons sur le fait que cet article ne fournit pas d'information transposable en tant que telle dans notre économie nationale. Toute interprétation hâtive serait erronée. Ce n'est qu'un élément de réflexion sur l'élargissement de nos marchés et des interactions inévitables auxquelles nous devrons faire face dans un futur très proche.
Pour télécharger l'étude complète, rendez-vous à l'espace_r�serv�_aux adh�rents.
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